L’histoire en route, la via Domitia

Conçue, en 118-117 avant notre ère, par le consul romain Cneus Domitius Ahenobarbus, qui lui donna son nom, la via Domitia permet de contrôler et d’organiser les contrées que Rome vient de conquérir, entre Alpes et Pyrénées.

La via Domitia: des Alpes au plateau de Ganagobie

Cette voie romaine, que nous allons suivre en moto, commence dans les Alpes, au col de Montgenèvre. Le chemin de terre qui y passait fut transformé en route carrossable par Napoléon, à qui on éleva en ce lieu l’obélisque qu’on y voit toujours. Poursuivant la via Domitia, nous empruntons ensuite la sinueuse Nationale 94, passant par Briançon, carrefour au coeur de trois vallées. Délaissant, à Prelles, la Nationale, pour une route départementale plus paisible, nous arrivons sur la rive droite de la Durance. Sur l’ancienne voie romaine, le charmant bourg des Vigneaux permet une détente bienvenue. Puis, regagnant la Nationale, plus rapide, nous dépassons Embrun, traversons le lac artificiel de Serre-Ponçon et parvenons à Chorges, qui marquait la frontière entre deux provinces romaines. Ensuite, jusqu’à Gap, la voie Domitienne, qui épouse les limites des communes, se distingue beaucoup mieux. Après Gap, nous roulons sur la Nationale 85, que d’aucuns nomment encore la route Napoléon, et parvenons à Sisteron, carrefour routier où convergeaient plusieurs voies romaines. Quittant les hauteurs alpestres, nous découvrons peu à peu des paysages plus méditerranéens. Nous parvenons bientôt sur le plateau de Ganagobie, site d’une célèbre abbaye; de là, la vue sur la vallée de la Durance est à couper le souffle.

Des traces de l’occupation romaine

Ici et là, nous pouvons discerner quelques-uns des solides blocs de pierre qui constituaient la surface de la voie romaine. En continuant notre route, d’autres vestiges nous attendent. A Lurs, sur la départementale 30, la via Domitia franchit le ravin du Buès sur un pont romain à une seule arche, haut de 10 mètres, dont l’ancienneté et l’état de conservation en font un des monuments romains les plus remarquables. Plus loin, après Forcalquier, nous arrivons dans le Lubéron et découvrons, au lieu-dit Tavernoure, au centre de la plaine de Mane, l’emplacement d’un ancien relai routier. Après Céreste et Apt, la voie Domitienne franchit le Calavon, ou Coulon, sur le pont Julien, l’ouvrage de ce type le mieux conservé de France.

La via Domitia et les cités provençales

L’ancienne voie romaine, dont nous suivons toujours la trace, en empruntant la départementale 900, nous mène maintenant au coeur de la Provence. Nous voilà à Cavaillon, la ville du melon, carrefour de voies antiques qui s’étendait au pied d’un oppidum. Après y avoir admiré de remarquables vestiges romains, nous passons la Durance au Sud de Cabellio. Parvenu à Saint-Rémy-de-Provence, nous ne pouvons qu’admirer le magnifique site archéologique de Glanum, où se discernent les restes de nombreux temples et basiliques gallo-romains. Après avoir emprunté d’autres paisibles routes départementales, nous arrivons à Tarascon, dominé par le château du Roi René. Traversant le Rhône, et passant par Béziers et Narbonne, la via Domitia finira son parcours en Espagne.